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Il arrive parfois que l’on soit amené à retourner travailler dans une entreprise avec qui l’on a déjà collaboré par le passé. Ou, comme cela arrive souvent, que l’on devienne prestataire de services pour son ancien employeur. Quelles sont les implications d’un tel scénario, les pièges à éviter ? Les conseils de Marie-Claire Lemaitre, directeur général de Mercuri Urval France.
Le fait de retravailler pour son ancien employeur vous semble-il un phénomène fréquent ?
Il s’agit à mon avis d’un cas de figure relativement marginal pour deux raisons majeures. D’abord parce qu’il y a souvent une forme de réticence au sein des entreprises à réembaucher un ancien collaborateur. C’est surtout vrai dans les PME où l’on considère souvent un départ comme une trahison, sauf bien sûr circonstances particulières. La seconde réticence est liée au collaborateur lui-même, qui peut percevoir ce retour comme une forme de régression.
Ce genre de scénario vous parait-il souhaitable ?
Tout dépend des circonstances, du parcours de la personne... Il y a trop d’éléments entrant en considération pour apporter une réponse tranchée à cette question. Si la démarche est initiée par le collaborateur, il faut en tous cas qu’il se montre extrêmement prudent car en revenant chez son ancien employeur, il s’expose à trois freins majeurs : l’entreprise, ses anciens collègues et lui-même.
Supposons que vous ayez quitté votre employeur alors que vous occupiez un certain niveau de poste, assumiez une certaine responsabilité, et jouissiez d’un certain statut et que vous reveniez quelques années plus tard riche d’autres expériences, d’une maturité personnelle et professionnelle accrues : vous ne serez plus exactement la même personne. Or cette différence, vous ne la trouverez pas d’emblée dans le regard de votre employeur ni dans celui de vos anciens collègues. Il faudra donc bien communiquer sur les nouvelles compétences dont vous allez faire profiter l’entreprise, et aussi faire en sorte que cette nouvelle valeur ajoutée se traduise en termes de statut et de positionnement. Tout ceci se négocie bien sûr lors de la signature du contrat de travail, pour être ensuite appuyé par une opération de communication interne de la part de l’employeur comme du collaborateur lui-même afin que ce retour ne soit pas perçu comme un retour en arrière. Il ne faut jamais oublier que revenir au « bercail », ce n’est pas enfiler les mêmes chaussons qu’avant.
Quelle forme doit prendre la communication auprès des anciens collègues et managers ?
Il suffit de rappeler les raisons du départ, la valeur ajoutée acquise depuis, et le lien fort qui vous lie à cette entreprise. Lors de votre retour, vos collègues n’auront de cesse de vous rappeler l’époque précédente. S’il n’est pas question de faire une croix sur elle, il faut leur expliquer qu’entre temps, vous avez vécu d’autres choses, assumé de nouvelles responsabilités et renforcé vos compétences.
La démarche est-elle la même pour quelqu’un qui est amené à collaborer avec son ancienne entreprise en tant que prestataire de services ?
Dans ce cas de figure, l’ancien collaborateur peut s’appuyer sur sa connaissance des rouages de l’entreprise et sur son aptitude à nouer un lien de collaboration tout aussi pérenne, mais différent car marqué du sceau de l’autonomie. Ce cas de figure me semble d’ailleurs beaucoup plus fréquent que le précédent. Dans l’univers du conseil par exemple, beaucoup de salariés s’installent en free-lance ou en apporteurs d’affaires pour continuer à travailler avec leur ancienne entreprise. Et dans certaines petites structures, ce sont même les employeurs qui suggèrent ce mode de fonctionnement, trouvant là un bon moyen d’alléger leurs charges sociales, tout en sécurisant une relation et une prestation. Cela peut aussi répondre à un levier entrepreneurial inassouvi détecté par l’entreprise chez son collaborateur.
Quels sont les pièges à éviter ?
Le principal danger est d’être toujours perçu comme un collaborateur de l’entreprise, et donc soumis aux mêmes règles de rattachement hiérarchique que par le passé. Or, si le nouveau prestataire de services doit respecter un certain nombre d’engagements vis-à-vis de son client, ceux-ci s’inscrivent dans un cadre contractuel et relationnel différent : celui du schéma client/fournisseur. Il n’est plus question de lien hiérarchique, ni de lien de subordination avec son ancien manager. En contrepartie, un devoir de réserve s’impose pour tout ce qui touche le fonctionnement interne de l’entreprise dont le collaborateur n’est plus censé faire état, ni profiter.
Y.R.