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Qu’est-ce qui a changé sur le front de l’emploi des seniors un peu plus d’un an après l’adoption des plans seniors dans les entreprises ?
Pas grand-chose ! Et ce n’est pas une surprise, car dans notre pays, entre le moment où les décrets d’applications sont publiés, et le moment où les effets se font réellement sentir dans les entreprises, il se déroule en général plusieurs années. On l’a vu par exemple avec la loi de cohésion sociale de 2005 qui instaurait le dispositif de GPEC (Gestion prévisionnelle des Emplois et des Compétences), et qui a mis du temps à démarrer. Nous risquons donc d’assister au même scénario pour les seniors, d’autant que sur cette question, les entreprises devront opérer un vrai changement culturel. Depuis le début des années 90, elles sont en effet plutôt dans des démarches systématiques de plans sociaux qui touchent en priorité les collaborateurs en fin de carrière.
Les plans seniors n’ont donc été qu’un coup d’épée dans l’eau ?
Si les entreprises les ont adoptés, c’est uniquement parce qu’il y avait une obligation légale, mais la plupart d’entre eux étaient complètement « pipeaux », comme les premières négociations sur la GPEC qui ne prévoyaient aucune action. Ceci étant dit, on peut tout de même espérer que comme pour la GPEC, cette obligation légale finisse par inciter les partenaires sociaux à s’emparer du sujet, mais comme le dialogue social n’est pas une chose naturelle en France, et vu la situation assez catastrophique de l’emploi, tout cela risque de prendre beaucoup de temps.
Que faudrait-il faire selon vous pour que les choses évoluent dans le bon sens ?
Il faudrait d’abord tordre le coup à ces idées reçues selon lesquelles le senior ne s’adapte pas au changement, qu’il coûte cher ou qu’il est figé dans ses habitudes. J’ai dirigé pendant deux ans un projet de recherche européen dans lequel on a voulu démontrer que les seniors pouvaient tout à fait s’adapter aux environnements de travail des organisations actuelles, avec du travail collaboratif ou à distance. Ce que l’on a observé, c’est que la courbe d’apprentissage est effectivement un peu plus lente, mais qu’au final, les seniors ne sont pas réfractaires, et qu’à partir du moment où les usages sont partagés entre toutes les générations, l’âge n’a plus d’importance car tout le monde travaille ensemble et de la même manière.
Quel pourrait être le rôle de la formation ?
C’est une piste intéressante. Aujourd’hui, au-delà de 40 ans, il est quasiment impossible de se former, et ceux qui y parviennent sont toujours ceux qui avaient le meilleur bagage au départ. Les seniors devraient donc se réapproprier la formation, ce qui passe par une double prise de conscience chez le salarié et l’employeur.
A vous entendre, l’optimisme n’est pas franchement de mise !
Il faut du temps pour que les organisations s’adaptent. A terme, je pense que l’effet cumulatif de la GPEC et l’obligation de considérer la situation des seniors auront un effet vertueux. Dans de nombreux grands groupes, les plans seniors ont déjà permis une prise de conscience. Les entreprises commencent à réaliser que des pans entiers de seniors vont les quitter. Comme elles n’ont pas anticipé la chose, elles vont perdre des compétences indispensables, tout le monde ayant pris l’habitude de partir à la retraite avant l’heure. Pour organiser ce transfert de compétences, beaucoup ont investi dans le tutorat qui pour moi ne constitue en aucun cas une recette miracle.
Comment procéder, alors ?
C’est en organisant la relation intergénérationnelle dans le collectif de travail que l’on fera évoluer les choses naturellement, plutôt que d’instaurer des plans pour les jeunes, les vieux, les managers…
Il me semble que les entreprises devraient instaurer plus de mixité dans leurs projets, et que les partenaires sociaux devraient enfin s’emparer du sujet. On sait depuis le début des années 2000 que le problème allait survenir et on n’a rien anticipé. Résultat, aujourd’hui, 60 % des plus de 55 ans ne travaillent plus en France. En Suède, 70 % des 55-64 ans sont toujours dans l’emploi, mais cela fait 12 ans qu’ils ont pris les mesures qui s’imposaient.
Yves Rivoal