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« Les femmes doivent apprendre à afficher leurs ambitions »

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Pour accéder aux responsabilités, les femmes sont encore trop souvent confrontées à une course d’obstacles. Céline Laurenceau, consultante en conseil RH chez Accenture, fait le point sur les difficultés à surmonter par les femmes managers et sur les clés de leur succès.

Quelles difficultés spécifiques rencontrent les femmes dans la course aux postes de management ?

- De nombreuses études mettent en lumière quatre obstacles majeurs à la carrière des femmes. Le premier, c’est l’absence dans l’entreprise d’un processus de gestion de carrière avec des règles claires. Lorsque les promotions se jouent sur le réseau ou une forme de cooptation, les femmes ont davantage de mal à progresser car elles sont moins enclines à se faire connaître et à jouer la carte du « politique ».
Le second obstacle tient à la culture des entreprises. Là où les produits et les métiers imposent une présence horaire et physique conséquentes sur le lieu de travail, le management est majoritairement dominé par les hommes, car les conditions de réussite mettent en balance vie personnelle et professionnelle. Le troisième obstacle, ce sont les femmes elles-mêmes. Dans beaucoup d’entreprises, vous ne trouvez pas de femmes qui aient réussi. Il n’y a donc personne pour remplir un rôle de modèle. Les femmes qui aspirent à progresser ont l’impression d’être des cas isolés. Elles ne vont pas oser réclamer des postes ou faire savoir qu’elles font du bon travail. Du coup, elles ne se mettent pas dans le radar des décideurs. Le quatrième obstacle rejoint un peu le premier. Lorsque dans une entreprise, il n’y a pas d’indicateurs pour s’assurer que la gestion des carrières et des promotions est identique pour tout le monde, le taux de féminisation baisse automatiquement.

Comment une femme doit-elle affirmer son ambition ?

- Elle doit d’abord être très claire sur l’objectif qu’elle veut atteindre. Il faut être capable de dire par exemple : « J’ai envie d’être directeur de filiale ». Il faut ensuite faire savoir que l’on fait du bon travail. La communication personnelle est très importante. Le troisième point, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de se mettre dans le radar des décideurs. Si vous n’êtes pas connu de ceux qui ont le pouvoir, personne ne viendra vous chercher dans l’ombre.

Aux responsabilités, les femmes doivent-elles adopter un mode de management spécifique ?

- Personnellement, je n’ai pas envie de faire de différence entre un management masculin et féminin. Je pense en revanche qu’il y a des valeurs qui sont plutôt féminines comme la capacité d’écoute, le fait de reconnaître ses limites ou le développement de son équipe, et des valeurs plus masculines comme l’autorité ou le sens politique. Vous avez aussi des hommes managers qui véhiculent des valeurs féminines et inversement.

Quelle est la clé du succès ?

- Les femmes, comme les hommes, doivent tout simplement s’adapter à la réalité et aux règles de l’entreprise. Lorsqu’elles évoluent dans des organisations composées essentiellement d’ingénieurs, les femmes managers ont affaire à des gens plutôt rationnels et analytiques. Elles doivent donc pendant une présentation leur donner en pâture des chiffres, des courbes et des études pour défendre leur point de vue. Si elles arrivent en disant « J’ai le sentiment ou l’intuition que... », elles seront beaucoup moins crédibles.

Comment réussir à concilier l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle ?

- Pendant très longtemps, la problématique de la maternité faisait que les femmes décrochaient dans leur carrière à ce moment-là. Je pense aujourd’hui que cette question n’est plus l’apanage des femmes. De plus en plus d’hommes s’impliquent dans la vie quotidienne à la maison, et cette tendance devrait prendre de plus en plus d’ampleur avec l’arrivée aux affaires de la génération Y qui depuis toujours mélange les temps de vie. Aujourd’hui, les femmes managers peuvent très bien aller chercher leurs enfants à l’école et finir le travail qu’elles ont commencé à la maison, dans la soirée s’il le faut.

Propos recueillis par Yves Rivoal

 

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