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Il s’agit d’un mal-être encore peu entendu et pourtant très répandu : celui de ces pères de famille qui ont du mal à concilier travail et vie privée. Submergés de responsabilités et sensés se montrer toujours disponibles, ils aimeraient se consacrer davantage à leur famille. En vain. Témoignages.
C’est une étude récente* qui est venue nous rappeler qu’on a beaucoup parlé du rôle des femmes dans la société ces dernières années, et peut-être un peu oublié celui de la gent masculine.
Pourtant, ces messieurs veulent aussi que leur image change, et ne se considèrent plus, depuis longtemps, comme de simples « gagne-pain ».
L’enquête révèle notamment que deux pères managers sur trois recherchent un meilleur équilibre de vie, tout en souhaitant préserver leur engagement professionnel. En outre, parmi l’ensemble des répondants trentenaires, seuls 15 % se révèlent « pourvoyeurs de revenus » et donc peu impliqués dans les tâches domestiques et parentales. « L’identité masculine a fortement évolué. Les hommes s’investissent chaque jour davantage dans la paternité et, en conséquence, n’ont plus la même relation au travail », explique Claire Beffa, directrice associée d’Équilibres, société de conseil spécialisée en articulation des temps professionnel et personnel.
La lutte contre le présentéisme est engagée !
Principale maladie bien française dont ils aimeraient se débarrasser : le présentéisme. « Pour ne pas être considéré comme un tire-au-flanc, il faut arriver tôt le matin et partir tard le soir... C’est un comportement institué illogique, car seuls les résultats devraient compter. Les hommes sont nombreux à lutter contre cette forme de pression, mais elle a la vie dure ! », regrette Claire Beffa.
Pourtant, pour les hommes comme pour les femmes, il est aujourd’hui hors de question de tout sacrifier pour le travail. « Les parents forment désormais une véritable équipe éducative. Ils réfléchissent ensemble aux meilleures façons d’organiser leur vie, à quelle carrière ils vont privilégier, ou encore comment les nouveaux outils de communication peuvent les aider » poursuit la co-directrice d’Équilibres.
Les entreprises resteraient-elles sourdes à ces changements ?
Selon Claire Beffa, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser à la question. Mais force est de reconnaître que pour l’heure, ce sont majoritairement les plus grandes qui s’engagent, par exemple en signant la Charte de la Parentalité en Entreprise**.
Ne perdons pas non plus de vue qu’il faut bénéficier d’un certain niveau de responsabilités pour pouvoir organiser son emploi du temps comme on le souhaite, mais aussi de revenu pour pouvoir affirmer ses choix et les mettre en œuvre : tout le monde ne peut pas se permettre d’employer une nounou, ou de travailler à temps partiel, par exemple. Quoi qu’il en soit, hommes et femmes attendent aujourd’hui la même chose de l’entreprise : qu’elle cesse de fonctionner sur des clichés obsolètes.
Priscilla Franken
*Plus d’informations : www.equilibres.eu
** Informations : www.observatoire-parentalite.com
Témoignage : « C’est une question d’organisation, de volonté et de philosophie »
Comment être un bon père de famille quand on a un emploi du temps hyper chargé ? Olivier Gélis, directeur général du groupe Robert Half, témoigne : « C’est une question d’organisation, de volonté mais aussi de philosophie : si vous travaillez jour et nuit, que vous restera-t-il à la fin ? À mes yeux, il n’y a pas à choisir entre carrière et famille ; ce sont les deux moteurs nécessaires à une vie saine et remplie. L’un ne fonctionne pas sans l’autre.
Principale difficulté pour moi : mes « petites » journées font 12 heures et j’ai des déplacements à l’étranger quasi-permanents (je prends l’avion une fois par semaine au moins). Pour être présent autant que possible auprès de mes enfants, il a donc fallu que je m’organise sérieusement ».
« Noter les rendez-vous importants »
« D’abord, je communique beaucoup avec les enfants via internet et le téléphone portable. Ensuite, je prends soin de noter tous les évènements importants de leur vie : rencontres sportives, examens, rendez-vous médicaux etc. Je veux être sûr de ne rien oublier ».
Réserver des moments partagés
« Enfin, je programme avec chacun deux rendez-vous annuels en tête-à-tête : l’un de jour, l’autre de soir. Ce sont eux qui choisissent le lieu et l’évènement et je n’ai pas le droit de refuser. En ce moment, je me prépare psychologiquement car ma prochaine sortie est un combat de catch... Une toute nouvelle expérience pour moi ! ».
« Planifier »
« Je pense qu’il faut tout planifier bien en avance, pour ne pas se dire, arrivé à la fin de l’année : « Mince, je n’ai rien fait avec mes enfants ! ». Il faut aussi apprendre à se discipliner : quand nous sommes en vacances, j’attends 18 h pour consulter mon Blackberry ».