Accueil > Rémunération > Négocier son salaire à l’embauche
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En France, parler salaire dans son entreprise reste encore mal-vu, un héritage de notre culture judéo-chrétienne associant l’argent au matérialisme. Cependant, les mœurs évoluent. Alors, parler salaire : tabou ou signe de modernité ?
En France, l’argent est encore considéré comme un sujet sensible. Le salaire étant associé à la « valeur » professionnelle voire symbolique du collaborateur, il touche presque au domaine de l’intime. Encore aujourd’hui, divulguer son salaire à ses collègues demeure risqué et peut déboucher sur un sentiment de malaise et sur des incompréhensions. En effet, les comparaisons entre collègues engendrent généralement des frustrations : pourquoi mon salaire est-il plus bas que celui de d’untel - sous entendu, qu’est ce qu’untel a de plus que moi - ?
Une opacité qui tranche avec la culture des pays anglo-saxons. « Il est beaucoup plus facile de parler de son salaire aux États-Unis », détaille Claude Vala, « Là-bas, c’est un moyen de montrer sa réussite sociale. Les plus aisés s’en servent même comme faire-valoir ». En France, on préfèrera dévoiler ce que l’on fait de son argent : maison, voiture, voyages etc. Une manière détournée d’afficher son aisance financière...
« Le salaire perçu encore souvent comme arbitraire »
Les entreprises qui mettent en place des politiques salariales transparentes sont encore rares. De ce fait, la subjectivité est de mise : « Il arrive que l’on se trouve face à un collègue qui ne se gênera pas pour se vanter, voire pour mentir afin de ne pas paraître dépassé », souligne Claude Vala, directeur d’Argos Consultants, cabinet de conseils spécialisé dans la rémunération. Difficile, dans ces conditions, de savoir vraiment qui gagne combien. D’où de nombreux conflits larvés, basés sur des supputations... Faute de preuves, les rumeurs les plus folles ont libre court.
Selon Vincent Ricaux, DRH de la société SPIE Communications, les managers et responsables des ressources humaines doivent agir pour éviter ce malaise : « Il est essentiel que les collaborateurs puissent aujourd’hui s’exprimer librement sur la question des salaires. Pouvoir en parler sans crainte démontre que les niveaux de salaires sont justifiables, or les salariés pensent trop souvent que le montant de leur fiche de paie est fixés arbitrairement ». L’entreprise serait alors plus transparente et chaque collaborateur pourrait savoir à quoi correspond son niveau de rémunération ».
Les commerciaux plus libres au niveau de la parole
Le vent est d’ailleurs déjà en train de tourner. La nouvelle génération, et notamment les jeunes commerciaux, semble beaucoup plus libérée à ce propos. « Il faudra avancer par étapes » précise Claude Vala, « Celle des médias a déjà été franchie avec les enquêtes et la diffusion des salaires des chefs d’entreprise. Ensuite, les grilles de salaire vont se généraliser en entreprise, ce qui n’empêchera pas les ajustements individuels. Enfin, l’administration fiscale devra devenir plus transparente ». Cette levée de tabou n’aura pas lieu sans communication sur les plans de rémunération, et sans formation des managers.
Au final, parler de son salaire à ses collègues est possible, mais uniquement dans les entreprises ayant évolué dans le sens de la transparence. Une chose est sûre : en cas de doute, mieux vaut s’abstenir que de susciter les frictions.
Pauline Tissot