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La « grâce présidentielle » qui suit une élection n’excède pas quelques mois. Celle du repreneur d’entreprise est encore plus restreinte : une centaine de jours à peine. Pour aider à passer au mieux ce cap, certains experts accompagnent les repreneurs durant cette période. Martine Story, directrice générale d’Althéo, société spécialisée dans le conseil et l’accompagnement lors de reprises d’entreprises*, fait parti de ces « coachs » un peu particuliers. Rencontre.
Quelle est la différence entre une reprise et une création d’entreprise ?
« Comparé à une création classique, la reprise est plus sécurisante. Le taux d’échec d’une reprise est d’environ 30 % au bout de sept ans, contre 50 % pour une création. Ces échecs sont souvent liés à une mauvaise prise en main ».
Justement, quelles sont les principales difficultés d’une reprise en main ?
« Un chef d’entreprise va partir, il va transmettre son savoir et son pouvoir. C’est une étape délicate, derrière laquelle peut se profiler une angoisse de mort. Certains ont du mal à passer la main. Quant au repreneur, tout entier à sa nouvelle mission, il omet parfois de prendre en compte cette étape, le cap psychologique qu’elle représente. En outre, très entouré au début par les avocats, les comptables et le banquier, ce repreneur se retrouve souvent très seul une fois les questions administratives réglées ».
Quels sont les principaux facteurs de « faux départs » ?
« Il peut s’agir d’un repreneur issu d’un grand groupe et qui se retrouve à la tête d’une PME, et donc face à une culture d’entreprise très différente. Ou d’un repreneur qui sort d’une longue période d’inactivité, de chômage par exemple, et qui va se lancer tête baissée dans l’aventure sans prendre de recul. Des erreurs dues à la précipitation sont alors à craindre. Même chose pour le repreneur maladroit qui annonce d’office de grandes révolutions et sème la panique. Enfin se pose aussi le problème de la légitimité, lorsque le repreneur ne vient pas du même secteur d’activité. Aux yeux de l’équipe en place, il n’est pas crédible ».
Pour finir, quelques conseils pour une transmission réussie ?
« Dans le cas cité précédemment, le repreneur va devoir assurer très tôt sa légitimité, expliquer ses projets, montrer ses compétences. Il faut également donner du sens : pourquoi j’ai choisi de racheter cette entreprise-là ? Le repreneur doit se donner le temps de saisir la culture propre à l’entreprise : jeux de pouvoirs, rituels… Ensuite, il s’agit de travailler son entrée en scène en organisant assez rapidement un évènement convivial de type apéritif pour se présenter. Lors de son intervention, il veillera à rassurer et à expliquer son plan de développement, mais surtout sans précipiter les choses. Assez vite, il est conseillé de prendre de petites décisions visibles qui vont améliorer le quotidien des salariés : nouvelle machine à café, remplacement du photocopieur défaillant etc. S’il n’y a pas eu de conflits majeurs au bout de trois mois, c’est gagné ! ».
Propos recueillis par Christina Gierse